mercredi 19 septembre 2012

Melancholia.

Melancholia,
film réalisé par Lars von Trier.
2h10min.
Sorti en 2011.



Avec : Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland, Alexander Skarsgard, John Hurt, Cameron Spurr...










Synopsis :



A l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre
...
UNE BELLE HISTOIRE SUR LA FIN DU MONDE.

/ ! \ ATTENTION, BILLET REMPLI DE SPOILERS ! NE LISEZ PAS SI VOUS N'AVEZ JAMAIS VU LE FILM ET QUE VOUS SOUHAITERIEZ LE FAIRE UN JOUR / ! \




Mon avis :


J'ai entendu parler de ce film étrange pour la première fois, non pas à l'occasion du Festival de Cannes l'été dernier, mais sur la toile. Je trouvais le titre et la couverture très jolis et attirants, et pourtant, en lisant le synopsis, ça ne me disait rien, je n'étais pas attirée, d'autant plus que j'avais du mal à me faire une idée générale de ce que pouvais bien raconter le film ! Néanmoins, je me suis dis que si, un beau jour, j'avais l'occasion de tomber dessus (à la médiathèque ou dans un vidéo-club), je le visionnerais par simple curiosité ; puis figurait dans ce film Kirsten Dunst, une actrice que j’apprécie beaucoup et que j'ai eu l'occasion de "rencontrer" dans des films que j'aime beaucoup : Jumanji, Entretien avec un vampire, Marie-Antoinette et à la rigueur Spider-Man. Figure aussi dans la casting Charlotte Gainsbourg, mais à l'instar de ma mère, je ne suis pas très familière avec cette actrice, voir ce film était une occasion pour moi de la découvrir, et je dois dire que les deux actrices ont admirablement joué !



Alors, Melancholia, c'est un film qui se divise en deux parties. La première partie se centre sur Justine, tout juste mariée à Michael, et en route vers la demeure de sa soeur, Claire, chez qui est donnée la réception de son mariage. C'est alors qu'elle remarque dans le ciel une étrange étoile rouge. Elle a à peine le temps d'y penser, elle est déjà en retard pour la réception, la famille et les amis attendent ! Il faut dîner, danser, couper le gâteau, écouter les discours des invités... tout un beau mariage bien orchestré qui étouffe une Justine qui peine à s'échapper de ses invités, au grand désarroi de sa soeur aînée, Claire. La seconde partie est, quant à elle, consacrée à Claire, quelques jours après le mariage de Justine. Dans sa grande et belle demeure en pleine nature, Claire ne peut s'empêcher de s'angoisser pour sa soeur, et au sujet de cette étrange et belle planète nommée Melancholia qui se dirige peu à peu vers la Terre. John, son mari, se veut optimiste : scientifique passionné, il assure que Melancholia ne fera que passer près de la Terre et continuer ainsi sa route ; après tout, elle est bien passée près de Vénus et Mercure sans entrer en collision avec elles, pourquoi diable s’inquiéter et écouter les autres scientifiques, porteurs de mauvaises nouvelles, juste bons à inquiéter la population avec leurs messages erronés annonciateurs de malheurs ? En science, il y a toujours une marge d'erreur à considérer, selon John qui prépare joyeusement télescope et autres appareils pour pouvoir observer le merveilleux spectacle qu'offre l’avancée de Melancholia. Mais Claire ne peut s'empêcher de s’inquiéter et redoute avec angoisse le jour du passage de Melancholia...



Ce film se centre sur deux soeurs : Claire et Justine, qui sont à la fois proches (Claire qui s'occupe d'une Justine fragile, qui la défend contre les critiques de son mari, qui l'aime, la protège) mais si lointaines, elles ont deux tempéraments opposés et pourtant, on sait si peu de choses sur elles et leur famille. Justine semble être la soeur la plus fragile, c'est la cadette rongée par un mal profond et obscur, on la sent dépressive, mélancolique tout au long de son mariage. Un mariage si bien orchestré dont elle retarde chaque étape de son propre chef. La première partie laisse vraiment une impression de spleen, de mélancolie, de dépression. Justine a l'air d'être une mariée rayonnante, qui aime son mari, qui sourit à la vie, accueille ses invités, plaisante mais au fur et à mesure que la réception avance, on s'aperçoit du contraire. Les yeux dans le vague, l'allure dépressive, on la sent mal à l'aise, comme si elle n'était pas à sa place, qu'on la forçait dans ce rôle de jeune mariée heureuse et épanouie. Je l'ai senti comme ça. D'ailleurs, l'une des images de l'intro nous montre une Justine en robe de mariée, sublime, mais flottant sur l'eau, tenant toujours son bouquet, semblant se laisser emporter par les flots, avec indifférence. Ca m'a un peu rappelé les nombreux tableaux reprenant la mort par noyade d'Ophélie, dans Hamlet : la jeune Ophélie, son corps flottant sur l'eau, avec des fleurs autour d'elle.



Kirsten Dunst
a joué à merveille son personnage, elle était tout simplement sublime ! J'ai bien ressenti toute la mélancolie, le malaise que pouvait éprouver ce personnage, sans savoir ce qui la perturbait. On savait que quelque chose n'allait pas chez Justine, sans savoir quoi. Elle a tout pour être heureuse pourtant : un beau mari, tendre, gentil et compréhensif (joué par l'acteur qui incarne le beau vampire-viking Eric Northman dans la série tv True Blood, miam !), un beau mariage, il y a tous les éléments réunis pour une belle réception dans un superbe château, une nuit magnifique, et elle a reçue une belle promotion dans l'agence de publicité dans laquelle elle travaille. Et pourtant... dans cette partie, on sent, tout au long de la réception, comme une certaine lourdeur, un certain malaise. Mais enfin, dans cette partie, on apprend à connaître un peu les personnages secondaires : la mère un peu amère, aigrie, qui a eu un mariage raté ; Jack, le patron de Justine, assez calculateur ; le père, un peu du genre coureur, foufou, plaisantin, il m'a un peu fait penser à Monsieur D, un de mes professeurs de la fac, un peu par l'apparence mais aussi pour sa manie de plaisanter, faire le farceur ; Claire, la soeur aînée qui semble être sévère, à cheval sur les règles mais qui tient vraiment à sa soeur ; John, le mari de Claire, le scientifique passionné qui a peu de patience avec la famille de Claire...



Dans la première partie, Claire semble être quelqu'un de plus fort tandis que Justine était la soeur fragile, mais plus on avance dans la seconde partie, plus on a l'impression que finalement, c'est l'inverse ; comme une alternance. Claire est déchirée entre son envie de voir guérir sa soeur et sa peur de voir Melancholia ravager la Terre, ça lui donne pas mal de crises d'angoisse, devant souvent prendre des calmants tandis que Justine reste sereine face à cette atmosphère de fin du monde. D'ailleurs, Claire doit bien être la seule à vraiment bien paniquer devant cette fin de la Terre, elle est très bouleversante, et c'est très compréhensible, car son mari est optimiste et sûr que rien ne leur arrivera, et si Justine et le fils de Claire sont conscient que ça va arriver, ils restent très passifs. Il y a un sacré changement entre les deux soeurs, il y a eu alternance des caractères entre les deux parties : dans la seconde partie, c'est Claire qui ressent le malaise, qui perd pied tandis que Justine est apaisée.


Claire est bien la seule à paniquer, pleurer, angoisser, montrer tout son désarroi, bref, qui est la plus réaliste car, en pleine fin du monde, ce serait pandémonium ! le chaos, la panique totale ! Et, dans ce film qui nous montre la collision inévitable entre la Terre et une autre planète, il n'y a que Claire et sa famille qui sont présents. Claire, son mari, son fils, et sa soeur. Personne d'autre. On est loin de la foule paniquée, des médias publiant mille et uns messages de catastrophe dans les journaux, la politique et la religion ne s'en mêlent pas. La famille est retirée en pleine campagne. Ici, point de chutes de météorites, de feu tombant du ciel, de météo inquiétante juste... des animaux qui, ressentant la fin, paniquent, un peu de neige qui tombe et Melancholia se rapprochant dangereusement. Même la collision se fait sans... feu, c'est comme si Melancholia absorbait la Terre. C'est... agréable, différent. On voit qu'on est vraiment loin des traditionnels films sur la fin du monde/l'apocalypse que peuvent produire les productions américaines !



Je ne sais vraiment que penser exactement de ce film. C'est sans doute l'un des films les plus étranges que j'aie jamais vu, original dans sa conception de la fin du monde, comment elle est abordée. Il n'y a aucune action, le film se déroule de manière lente mais le film joue de cela, c'était fait exprès ; ce n'est certainement pas un coup de coeur mais pas une déception non plus. C'est un film magnifique dans l'ensemble, lourd, assez mélancolique, donc fidèle à son titre. Nous avons une fin et une scène d'intro magnifiques, à couper le souffle ! On est loin des films hollywoodiens sur la fin du monde et c'est un changement agréable ! Une fin sublime, pas violente, qui nous rappelle les scènes de l'introduction. Le film est étrange, angoissant, mais je ne vais pas le nier : c'est beau, c'est intriguant, ce film nous donne des réponses sur les personnages comme il élève des questions (Justine et son étrange maladie, Justine et ce qui semble être, en fin de compte, un mariage arrangé mais pourquoi ? comment ?). Avec une belle soundtrack qui prend aux tripes ! Dans une atmosphère en huis-clos : tout le monde semble ignorant de la situation, au début, la famille est coupée du monde, dans leur beau château (magnifique château ! Il s'agit du château de Tjolöholm, qui se trouve en Suède), isolé en pleine nature.



Sans tomber dans le pathos, ça reste assez bouleversant, choquant ; sans avoir eu de réaction particulière, j'ai quand même été scotchée au film, j'ai ressenti le malaise, comme un sentiment dérangeant tout au long du film tandis que Melancholia s'approche, que les personnages soient eux-même atteints de mélancolie. Les images sont splendides ; comme les personnages, on est hypnotisé par Melancholia, on la contemple avec prudence, émerveillement et angoisse. Ce n'est pas un film qui peut plaire à tout le monde tant c'est particulier. C'est lent, c'est étrange mais original, c'est beau, c'est déroutant, ce film donne (au niveau des personnages) des réponses autant qu'il donne des questions sans réponse. D'autant plus, il ne faut vraiment pas être déprimé pour voir ce film, mieux vaut être en forme sinon on en ressort déprimé ou endormi ! Ca a failli m'arriver, mais tout ce que j'ai eu, c'était la migraine ! Mais finalement, j'ai suffisamment accroché pour terminer ce film, le continuer car j'avais envie de découvrir la suite et fin. Bref, ce film n'est pas un coup de coeur, mais je n'ai pas été déçue. C'est un film étrange et beau à la fois, j'aurais du mal à l'oublier ! Vraiment prenant ! Néanmoins, comme dit précédemment, ce n'est pas un film qui peut plaire à tous...




Justine (Kirsten Dunst) et Claire (Charlotte Gainsbourg) dans le jardin de cette dernière.

Extrait/Citation :


CLAIRE : J'ai peur de cette stupide planète.
JOHN : "Cette stupide planète". Cette magnifique planète, tu veux dire. Au début, elle était noire. Maintenant, elle est bleue. Elle masque Antarès et se cache derrière le soleil. Chérie, ce sera l'expérience la plus étonnante de notre vie ! Elle sera là dans cinq jours et ne nous heurtera pas. Elle n'a pas heurté Mercure, comme prévu. Ni Vénus, comme prévu aussi. Et elle ne heurtera pas la Terre, on le sait. Regarde-moi : fais confiance aux scientifiques.
CLAIRE : Ils disent qu'elle nous heurtera.
JOHN : Non, c'est faux, pas les vrais scientifiques ! Les prophètes de malheurs, pour attirer l'attention ! Les vrais scientifiques sont unanimes. Melancholia passera tout près de nous. Ce sera un spectacle superbe. Je voudrais qu'on le regarde ensemble, au télescope... s'il-te-plaît...
CLAIRE : ... Non, je ne préfère pas
.

vendredi 24 août 2012

La Dame en Noir.

La Dame en Noir/The Woman in Black,
réalisé par James Watkins.
1h35min.
Sorti en 2012.




Avec
: Daniel Radcliffe, Ciaran Hinds, Janet McTeer, David Burke, Liz White, Roger Allam...




Emprunt médiathèque.




Synopsis :


Arthur Kipps, un jeune notaire, chargé des droits de succession d'une cliente décédée récemment, se rend dans la maison de celle-ci. Le jeune homme découvre de terribles secrets et se retrouve face au fantôme d'une mystérieuse femme en noir...




Mon avis :



Je voulais voir ce film dès sa sortie au cinéma, pas seulement parce que je voulais revoir Daniel Radcliffe, qui est quelqu'un que j’apprécie beaucoup en tant qu'acteur et que personne, dans un nouveau film - autre que Harry Potter qui plus est, j'étais curieuse de le voir dans un autre rôle ! - mais aussi parce que j'ai un certain penchant envers les histoires de fantômes, de maisons hantées, bref, tout ce qui touche au paranormal, au surnaturel. Le hic est que j'ai beau adorer ce genre d'histoire, elles me font quand même peur pour la plupart. Et lire des histoires sur le sujet n'est pas la même chose que les voir sur écran si ce n'est pas un documentaire. Les films d'horreur, ce n'est pas trop mon truc, je suis assez peureuse et limite parano le soir dans mon lit (rien que mon tout premier visionnage de Dracula par Coppola, la scène avec le loup ; où les fois où j'avais la bonne idée de visionner les premiers épisodes de Supernatural le soir. L'épisode sur Bloody Mary m'a traumatisée le temps d'une nuit), donc je me suis dit que je me causerais des frayeurs et une nuit blanche si je venais à le voir au cinéma. J'ai donc sagement attendu qu'il sorte en DVD pour le voir. Je l'ai visionné en début de mois avec ma soeur cadette, un samedi soir. Alors, verdict ?


L'histoire se centre sur Arthur Kipps, un jeune notaire londonien qui doit se rendre, dans le cadre de son travail, dans un petit village perdu afin de régler la succession d'une cliente récemment décédée. Il ne tarde pas à découvrir l'impressionnant manoir de la défunte, semblant abandonné et rongé par les ravages du temps. Plus que des souvenirs du passé, Arthur se retrouve aussi témoin d'étranges signes renvoyant à ce sombre passé. Qui était réellement sa cliente, que cachait-elle ? Qui est cette étrange dame tout de noir vêtue qui lui apparaît ? Et Arthur ne peut compter sur les villageois qui tiennent à préserver les secrets du passé et qui se ferment à toutes questions que peut poser le jeune notaire. Car les villageois vivent dans la peur de cette dame en noir, annonciatrice de mort, qui hante Crythin Gifford et ses habitants depuis des années... puis, peu à peu, c'est au tour d'Arthur de sombrer dans le cauchemar le plus complet. Dans l'espoir d'apaiser cet esprit vengeur, Arthur va devoir fouiller les souvenirs et percer les secrets d'une famille du village pour découvrir la vérité sur ce qui empêche le fantôme de trouver la paix...


Le film commence de manière assez classique : le décors se pose et la tension se met en place, puis on nous introduit le personnage principal, ainsi que quelques informations le concernant (une défunte épouse, un jeune fils, la menace de perdre son emploi s'il ne vend pas vite une maison) puis Arthur Kipps se retrouve dans un village perdu, reçu froidement par les habitants qui n'aiment pas voir des étrangers squatter chez eux et le font savoir. Tout au village est fait pour dissuader le personnage de rejoindre le vieux manoir dont il doit s'occuper, du monsieur qui tient l'hôtel à la personne qui conduit le fiacre qui refuse de le conduire jusqu'au manoir, par peur. Tel Jonathan Harker qui fait sourde oreille aux supplications des villageois le priant de ne pas rejoindre le château du comte Dracula, Arthur Kipps ne s'inquiète pas trop de la peur qui règne autour du manoir et s'y rend tout de même. Jusque là, on reste dans le schéma classique. Même la maison hantée respecte les codes habituels : la tension, la musique inquiétante, une ambiance sombre, glauque, un manoir abandonné, poussiéreux, une atmosphère lourde... tout y est. On reste dans le classique mais ce n'est pas une remarque négative, ça fait son effet. Ca me fait un peu rappeler Sleepy Hollow par l'histoire et l'ambiance, en fait, ces deux films se ressemblent : un village perdu, une ambiance sombre et inquiétante, un esprit qui s'attaque aux villageois...


Pour les acteurs, je n'ai rien à redire, même pour Daniel Radcliffe même si je vais refaire la même remarque que j'ai faite pour le final du dernier film d'Harry Potter : l'acteur fait bien jeune pour incarner un adulte et père de famille, après ça, il n'a été ni excellent ni médiocre, il a assez bien joué et il m'a fait oublier Harry Potter. J'ai pris plaisir à découvrir le paysage, les décors : le village, le manoir, les marécages, les habitants et leurs secrets, la dame en noir qui est au centre de tout cela, la mort omniprésente, le deuil, les secrets de famille... après, ça reste prévisible et, ayant été spoilée sur la fin, je n'ai pas été surprise même si ça m'a choquée [ comme quoi, réunir la dame en noir avec le fantôme de son défunt fils qui lui a été arraché à la naissance n'a servi à rien, disons que ça n'a pas apaisé ses pulsions vengeresses puisqu'elle fait tuer le fils d'Arthur et Arthur avec, en voulant sauver son fils. Au moins, les deux sont réunis dans l'au-delà avec l'épouse/mère. Mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser sur la fin... quelle garce, cette dame en noir. Je peux comprendre son désarroi, son envie de se venger mais quand même... ] mais avec cette fin, sans violence ni sang, ce film d'horreur se diffère des films d'horreurs américains, c'est un changement agréable.


L'histoire en elle-même reste classique, elle n'apporte rien de nouveau, l'intrigue est simple mais la recette fonctionne, on suit la trame du récit aisément, on accroche à l'intrigue ; comme Arthur, on cherche à en savoir plus sur le manoir et la famille qui l'a habité, on veut découvrir les secrets enfouis, savoir ce qui pousse la dame en noir à faire disparaître les enfants du village, pourquoi elle s'acharne contre la communauté. On a cette atmosphère sombre, inquiétante, qui va très bien au film. Des décors victoriens et des paysages magnifiques : le manoir lugubre à souhait, le petit village perdu au milieu de nulle part, coincé dans le brouillard, une ambiance pesante, gothique, des scènes qui traînent en longueur pour qu'on puisse bien s'imprégner de la tension qui s'installe peu à peu... et si je n'ai pas spécialement eu peur (j'ai juste sursauté à un moment donné), quelques frissons au mieux, c'est un film d'horreur classique, ordinaire mais pas raté  la recette fonctionne. C'est élégant, ça n'a rien de révolutionnaire mais ça fonctionne tout de même, ce film n'est pas dénué de qualités. Bref, un bon film tout de même, j'ai bien aimé !





 Elisabeth Daily (Janet McTeer) et Arthur Kipps (Daniel Radcliffe).


 

Je terminerais avec une chanson de Mylène Farmer dont certaines paroles collent, je trouvent, plutôt bien avec le film :


P
auvres poupées qui vont, qui viennent
Pauvre fantôme étrange et blême
J'entends ton chant monotone
La nuit frissonne
J'entends ton coeur fatigué d'avoir aimé.

D'étranges rêveries comptent mes nuits
D'un long voyage où rien ne vit
D'étranges visions couvrent mon front
Tout semble revêtu d'une ombre.

L'étrange goût de mort s'offre mon corps
Saoûle mon âme jusqu'à l'aurore (...)
D'où vient ta peur du néant, tes pleurs d'enfant
Qui sont les larmes de tes tourments ?

samedi 14 juillet 2012

La tête en friche.

http://seance-cinema.cowblog.fr/images/affichesdefilms/LaTeteEnFriche.jpg
La tête en friche/My Afternoons with Margueritte,
film de Jean Becker.
1h22min.
Sorti en 2010.



Avec : Gérard Depardieu, Gisèle Casadesus, Claire Maurier, Maurane, François-Xavier Demaison, Sophie Guillemin...




Emprunt médiathèque.




Synopsis :


Germain, la cinquantaine, presque analphabète, se partage entre sa copine, ses copains de bistrot et son potager. Jusqu'à ce qu'il rencontre au jardin public Margueritte, une vieille dame très cultivée qui le fait entrer dans le monde des livres et des mots. Cette nouvelle amitié va bouleverser son rapport aux autres et à lui-même...


Mon avis :

J'aime beaucoup les livres qui parlent de livres, du monde de la lecture, j'en ai déjà lu, des livres de ce genre (Comme un roman de Daniel Pennac, Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Annie Barrows et Mary Ann Shaffer, La voleuse de livres de Markus Zusak, voire même Matilda de Roald Dahl à la rigueur). C'est rare de trouver des films de cette catégorie, mais ça existe, comme La tête en friche par exemple, qui faisait parti de ma wish-list et que j'ai eu l'occasion de visionner après un emprunt à la médiathèque.


C'est l'histoire de Germain Chazes, la cinquantaine, jardinier, quasi-illétré et analphabète, dont sa vie ne ressemble à pas grand chose. Il vit encore chez une mère qui ne porte aucune affection pour lui, et passe son temps avec Annette, une chauffeuse de bus pour qui il ressent une affection profonde, et avec ses copains au bar. Un jour au parc, il rencontre une vieille dame nommée Margueritte (oui, avec deux 't') où les pigeons, auxquels Germain a donné un prénom pour chacun d'entre eux et pourquoi ce nom à ce pigeon-ci, seront le premier sujet de conversation de ces deux personnes que tout sépare. Ils se parlent, tout simplement, s'observent, se sourient... et une amitié naît peu à peu, au fil des conversations, au fil des rencontres. Cette dame douce, calme et prévenante sera pour ce Germain de la campagne élevé à la diable, une amie fidèle, patiente et à l'écoute qui le métamorphosera, sans le savoir, grâce au monde des livres, des histoires et des mots. Peu à peu, Germain va se métamorphoser, s'intéresser aux histoires enfermées dans les livres, aux mots, à la lecture, il va découvrir son monde à elle, il va se cultiver, s'éveiller... c'est le merveilleux récit d'une belle amitié qui leur fera franchir leurs obstacles sans pour autant les séparer de leur milieu social.


Cette métamorphose de Germain se fera, tout au long du film, entre les étapes de sa vie et des flash-back de son enfance où il fut rejeté par sa mère, moqué par ses professeurs et camarades de classes, stigmatisé par son manque de culture ; et encore, une fois adulte, malgré sa gentillesse  sa nouvelle compagne et la fidélité de ses amis, il ne parvient pas à comprendre sa mère et est parfois moqué pour son ignorance par ses amis du café du village, il est toujours "fâché" avec la culture. Sa rencontre avec Margueritte le changera. Elle lui fera découvrir le monde des livres, des phrases, des mots et lui, lui fera découvrir son monde, son potager. Lui s'ouvre à la lecture, à l'imaginaire, à l'affection et au respect de l'autre et elle trouvera une famille de coeur en la présence de Germain. Comme le dit Germain, c'est une rencontre pas ordinaire, entre amour et tendresse ; une rencontre improbable entre deux personnes différentes mais qui se retrouveront liées malgré tout. C'est vraiment là le point fort et tendre du film : une belle et forte amitié entre deux personnes improbables. Les personnages sont attachants et attendrissants et les acteurs sont très à l'aise dans leurs rôles. Malgré son apparence et ses airs bourrus, Gérard Depardieu donne à Germain sa fragilité intérieure, sa sensibilité, sa naïveté et Gisèle Casadesus nous montre un personnage solide, tendre et fiable.

Ce film n'est pourtant pas un coup de coeur, je dirais juste que, pour moi, c'est un film bien gentillet. Tendre, sympathique mais sans plus, pas franchement exceptionnel. Il ne dure pas trop longtemps donc on a pas le temps de s'ennuyer. C'est tout beau, tout gentil, tendre comme tout, bref, bien gentillet mais avouons-le : ça fait du bien de temps en temps dans ce monde de brutes ! C'est reposant, c'est tendre, c'est parfois drôle ! Alors, certes, il ne m'a pas emballé plus que ça mais difficile de rester insensible au duo Depardieu/Casadesus et les personnages qu'ils forment ! Ce film nous fait vivre un moment très agréable, émouvant, léger. Un film avec des gens simples qui vivent une vie normale, quotidienne, sans violence, sans effets spéciaux mais juste de la tendresse, de la poésie, de la chaleur humaine, de l'amitié. Ca fait du bien de vivre ça de temps en temps, une vraie bouffée d'air pur ! Une histoire simple et touchante, sans être bouleversante ; un petit film simple, sans prétention, mais fort. On peut trouver ce qu'il faut, parfois, dans les "petits" films. On peut trouver de belles choses.


Ce film est aussi une belle leçon de vie car il comporte, selon moi, des scènes, certaines paroles, des idées qu'on aimerait retenir dans notre esprit. C'est aussi un bel hommage à la littérature, dont Margueritte ne peut se passer et qui devient pour Germain un échappatoire, un moyen de divertissement, de consolation, d'éducation... il parvient à s'instruire, à se plonger dans des histoires, à en réclâmer même, à s'échapper l'espace d'un moment des moqueries, de sa mère, de son quotidien. Et c'est là que prennent tout leur sens les mots de Montesquieu qui disait 'Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé' ou encore 'Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie.'. On a aussi l'occasion de retrouver quelques titres célèbres de la littérature : La peste, d'Albert Camus, que Margueritte lit à Germain ; La promesse de l'aube, de Romain Gary ; L'enfant de la haute mer, de Jules Supervielle et enfin Le vieux qui lisait des romans d'amour, de Luis Sepulveda... sans oublier le dictionnaire ! Bref, une belle introduction au monde de la littérature, des mots, de l'amitié, de la chaleur humaine.



http://seance-cinema.cowblog.fr/images/photosdefilms/TeteenFriche.jpg



Germain (Gérard Depardieu) et Margueritte (Gisèle Casadesus).


Extrait/Citation :

"C'est une rencontre pas ordinaire, entre amour et tendresse, elle n'avait pas d'autre adresse, elle avait un nom de fleur, elle vivait au milieu des mots, les adjectifs tirés par les tifs, des verbes qui poussent comme des herbes, y'en a qui passent en force, elle est passé en douceur de mon écorce à mon coeur. Dans les histoires d'amour, y'a pas toujours que de l'amour, parfois... pff... y'a même pas de "je t'aime", pourtant on s'aime. C'est une rencontre pas ordinaire, je l'ai trouvé par hasard sur un banc de mon square, pas plus grosse qu'une colombe avec ses p'tites plumes ; elle était au milieu des mots, des noms communs comme moi, elle m'a donné un livre, puis deux, des pages qui m'ont éclaté devant les yeux. Meurs pas maintenant, t'as le temps, attends. C'est pas l'heure, ma p'tite fleur, donne-moi encore un peu de toi, donne-moi encore un peu de ta vie, attends. Dans les histoires d'amour, y'a pas toujours que de l'amour, parfois y'a même pas de 'je t'aime', pourtant on s'aime."


Narré par Germain (Gérard Depardieu).

lundi 14 mai 2012

Dark Shadows.

http://seance-cinema.cowblog.fr/images/affichesdefilms/DarkShadows.jpgDark Shadows,
réalisé par Tim Burton.
1h53min.
Sorti en 2012.


Avec : Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Chloe Moretz, Bella Heathcote, Jonny Lee Miller...


Petite info :  ce film a été inspiré de la série tv du même nom, réalisée par Dan Curtis, dont Tim Burton était fan dans sa jeunesse. Film et série ont été par la suite repris par Lara Parker dans une série de romans mettant en scène l'antagoniste principale : la dangereuse et séduisante sorcière Angélique Bouchard...






Synopsis :


Ce long-métrage relate les mésaventures fantastiques de la famille Collins, vivant dans l'immense et sinistre demeure de Collinwood, et dont l'un des principaux membres n'est autre que le redoutable vampire Barnabas.


Mon avis :


Après ma déception suite au dernier Burton, Alice au Pays des Merveilles (dans le sens où j'ai plus senti la patte de Disney que celle de Burton), j'étais impatiente de savoir ce qu'il avait prévu pour la suite. Alice in Wonderland a été jusque là ma seule déception, sinon, j'ai été enchantée parce ce que j'ai vu de Tim Burton, il a un univers tellement particulier... je ne savais, en revanche, quoi penser de Dark Shadows, mais au final, en allant au cinéma aujourd'hui, je suis ressortie de ce film satisfaite et agréablement surprise. Certes pas le meilleur Burton que j'ai pu voir, mais un bon Burton ! J'ai passé un agréable moment et c'est un film que je me procurerais bien une fois sorti en DVD.


L'histoire débute en 1760 à Liverpool. Les Collins, avec leur fils Barnabas, quittent leur Angleterre natale pour s'installer dans le Nouveau-Monde, dans une région du Maine où ils décident de fonder la ville portuaire de Collinsport, en créant aussi une industrie de pêche si florissante qu'ils décidèrent de s'installer définitivement. En quinze ans se construit le château Collinswood, étrange mélange entre l'architecture européenne et celle du Nouveau-Monde. Barnabas grandit pour devenir un très beau jeune homme dont une des servantes, Angélique Bouchard, ne peut s'empêcher de tomber amoureuse. Seulement, le brun ténébreux repousse ses avances et décide d'épouser la femme dont il est épris, Josette. Folle de rage et de jalousie, Angélique décide de se venger. Il s'avère qu'elle est une sorcière et elle entend bien user de ses dons pour se venger des Collins, à commencer par son bien-aimé Barnabas qu'elle transforme en vampire et qu'elle condamne à être enterré vivant dans un cercueil, sous terre pour toute l'éternité. Mais voilà que deux siècles plus tard, en 1972, le vampire est libéré de sa tombe accidentellement. Plongé dans une époque qui lui est inconnu, il découvre son château en ruine et la famille Collins qui a perdu de sa superbe, et son prestige dans les affaires portuaires. Barnabas décide de réparer l'injustice en se vengeant de celle qui l'avait maudit lui et sa famille, de redorer le blason des Collins et de briser la malédiction...


Un film qui m'a plus dès les premières minutes. Surtout, tout d'abord, par son ambiance. On retrouve bien le côté décalé de Tim Burton, on sent bien sa patte dans le film, avec un petit côté sombre et dramatique, un peu d'humour simple mais qui fonctionne, du surnaturel, des personnages intéressants, loufoques pour certains. Ce mélange vampire/sorcière/fantômes qui me fait beaucoup avec un vrai vampire qui boit du sang humain, qui se brûle au soleil, qui dort dans des cercueils le jour, avec une sorcière bien cruelle, maléfique, perfide et des fantômes tourmentés, avec un loup-garou vers la fin. Des personnages joués par de bons acteurs, à commencer avec Johnny Depp qui s'est bien imprégné dans le rôle du vampire Barnabas, toujours coincé vestimentairement, psychologiquement et au niveau du langage, au XVIIIe siècle. C'est surtout sur le personnage de Barnabas que le film se centre et c'est un plaisir de le suivre. N'oublions pas Eva Green, parfaite dans le rôle de la sorcière bien garce qu'on aime détester, qui n'a pas pris une ride depuis le XVIIIe siècle mais qui a eu l'étrange idée de se teindre en blonde (je la préférais en brune), et quelle ironie pour une sorcière si vengeresse de se nommer Angélique (prénom signifiant digne d'un ange ou pareil à un ange) ; nous avons aussi une Helena Bonham Carter en rouquine, psychologue de son état, Michelle Pfeiffer très bien en matriarche de la famille Collins, et les autres acteurs étaient tout aussi bons.


Ce fut un plaisir de découvrir cette famille étrange, assez décalée. Si la chef de famille est relativement normale, et son frère aussi mais plein de défauts, le reste est une autre histoire, surtout pour les deux enfants Collins [ David, le fils, qui peut voir les fantômes, dont celui de sa mère morte en pleine mer ; Carolyn, mordue par un loup-garou quand elle était encore dans le berceau ] mais malgré leur particularité, ils restent attachant, David l'adorable petit garçon et Carolyn, l'adolescente typique qui s'enferme dans sa chambre, qui est fan de rock, qui est parfois en conflit avec la famille même si la révélation de sa "nature" en fin de film est tombée comme un cheveu dans la soupe. Les serviteurs étaient bien aussi, de Willie l'homme à tout faire à Mme Johnson la vieille femme de ménage, sans oublier la petite nouvelle : Victoria, la gouvernante de David, qui a elle-aussi un don particulier et un lourd passé derrière elle. Bref, une panoplie de personnages tous très intéressant, voire drôle pour certains, dommage tout de même que le film ne dure pas assez longtemps pour tous bien les exploiter car le film se centre surtout sur Barnabas et Angélique, leur duel, et on a bien quelques flash-back du passé de Victoria qui conte sa vie au vampire. C'est bien parce que Tim Burton n'aurait pas eu le temps de tout faire, sans cela ça aurait été intéressant de voir certains personnages mieux exploités [ comme la romance Barnabas/Victoria-Josette, comme David et son don de voir et parler aux fantômes, comme Carolyn qui cache sa nature de loup-garou à la famille... ] car le film a beaucoup de potentiel et de bonnes idées, si Tim Burton aurait eu le temps de toutes les exploiter, le film aurait été super, mais je comprends qu'il n'ai pas eu assez de temps, le film fait pratiquement deux heures, c'est déjà beaucoup. Mais on peut toujours pousser notre imagination au-delà du film avec les bonnes idées et ce qui ne fut pas assez exploité :)

J'ai beaucoup aimé le décors, également, ainsi que le décalage entre le XVIIIe siècle et les années 1970. C'est l'un des côtés comiques du film, avec un Barnabas qui découvre le XXe siècle, la technologie, les hippies (les hippies... de sacrés personnages, surtout quand ils planaient), mais Barnabas qui découvre la télévision, les routes goudronnées (avec une petite ressemblance avec Les Visiteurs), les moeurs... Bref, drôle, gothique et déjanté. A déconseiller quand même aux plus jeunes pour vision de sang et sous-entendus sexuels. A part ça, j'ai beaucoup aimé de film à la fois gothique et divertissant, qui nous offre des personnages intéressants, des 'créatures' surnaturelles [ avec mention spéciale aux fantômes dont l'un répète sans cesse sa mort, et le second, la maman de David, qui a sû mettre KO la sorcière avec, je me plais à le croire, toute la force de l'instinct maternel ], un bon scénario, une belle brochette d'acteurs et de bonnes idées même si certaines pas assez exploitées. Pour ma part, ça reste un bon Burton, ça m'a fait du bien de revoir un film typiquement Burton !




http://seance-cinema.cowblog.fr/images/photosdefilms/DarkShadowsbyTB.jpg



Barnabas Collins (Johnny Depp) et Elizabeth Collins Stoddard (Michelle Pfeiffer).

Black Swan.


Black Swan,
de Darren Aronofski.
1h43min.
Sorti en 2010 (US) / 2011 (Fr)


Avec : Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel, Winona Ryder, Benjamin Millepied...






/ ! \ Attention, billet rempli de spoilers, dont certains non-cachés, ne lisez pas ce billet si vous voulez découvrir le film, vous risqueriez de tomber sur des spoilers ;) / ! \







Synopsis :

Rivalités dans la troupe du New York City Ballet. Nina est prête à tout pour obtenir le rôle principal du Lac des cygnes que dirige l’ambigu Thomas. Mais elle se trouve bientôt confrontée à la belle et sensuelle nouvelle recrue, Lily...




Mon avis :



Ce film faisait parti de ma wish-list depuis bien des mois, mais j'hésitais toujours à me l'acheter en DVD, j'avais peur que finalement ça ne me plairait pas assez, malgré tous les bons échos (quand on entend autant d'avis plus qu'élogieux sur un film, on s'attend à un chef d'oeuvre, on a des attentes et au final, on ressort souvent déçu), et je n'avais pas envie de claquer une vingtaine d'euros pour un film que je n'étais pas sûre d'adorer. Mais j'ai eu ma chance lorsqu'une chaîne câblée le diffusait, j'ai sauté sur l'occasion pour enfin le visionner. Alors, verdict ?


D'abord, concernant ce film, je n'ai pas trouvé un seul résumé qui soit pareil, ainsi ai-je pris celui de
SerieBox qui, pourtant, ne reflète pas tout le film. Je vais donc en faire mon propre résumé. C'est l'histoire de Nina Sayers, une jeune danseuse timide, discrète mais douée, qui consacre une grande partie de sa vie à la danse. Son désir le plus cher serait de décrocher un rôle important dans un spectacle de danse, ainsi elle met tout son coeur, toute son âme, toute sa volonté et son acharnement à s'entraîner pour obtenir le beau rôle dans le nouveau spectacle de Thomas Leroy qui a décidé d'adapter le très célèbre ballet russe de Tchaïkovski, Le lac des cygnes. Si Thomas pense que Nina pourrait jouer le rôle du cygne blanc : Odette à la perfection, elle n'a, en revanche, aucune assurance ni aucune sensualité pour incarner sa jumelle maléfique, Odile, le cygne noir. Or, lorsqu'on joue le cygne blanc, on doit aussi jouer le cygne noir. Voulant persuader Thomas qu'elle peut incarner les deux, d'avoir cette dualité pour jouer Odile et Odette, Nina se jette corps et âme dans la danse, voulant à tout prix atteindre la perfection. Mais entre Thomas qui lui met la pression, une mère abusive et la possibilité d'une rivale, la soif de perfection de Nina pourrait bien avoir raison d'elle...


Après toutes ces éloges sur le film, je m'attendais à quelque chose d'exceptionnel, j'avais des attentes, et si ce film n'était pas le coup de coeur auquel je m'attendais, je ne dirais pas avoir été déçue, ce film a été comme une mini-claque, ce n'est pas un film qui s'oublie facilement. Pourtant, je ne suis ni familière ni intéressée par le domaine de la danse et des ballets, mais j'ai beaucoup aimé ce film. Toutes ces scènes de danse (que ce soit le spectacle ou les répétitions), sont magnifiques, remarquables, réalistes. Le choc des images, du son, de la musique, l'accélérations des plans, des mouvements... à couper le souffle ! Une très belle reprise, aussi, du spectacle du Lac des cygnes qui est une très belle histoire dramatique. L'histoire est basée sur une légende allemande, je crois. Le Lac des Cygnes, c'est l'histoire d'un prince qui, pendant la chasse, croise des magnifiques cygnes blancs qui se transforment, la nuit, en jeunes filles. Ces jeunes demoiselles sont victimes d'un sortilège d'un sorcier qui les fait se transformer en cygnes le jour pour ne redevenir femmes que la nuit. L'une de ces jeunes filles, Odette, retient l'attention du prince qui en tombe amoureux ; celle-ci lui confie que le sortilège peut être brisé par une déclaration d'amour éternel d'un jeune homme. Justement, un bal se prépare durant lequel le Prince est supposé choisir une prétendante, il pourrait donc choisir Odette et lui proclamer son amour. Le soir même du bal, le prince danse avec son aimée et lui déclare son amour éternel. Mais le sorcier lui avait tendu un piège : étant au courant du projet du prince, il décide d'y envoyer sa fille, Odile, déguisée en Odette, pour tromper le couple. Odette, en cygne, a assisté à la scène et s'est enfuie, malheureuse. Le prince la poursuit, voulant rattraper son erreur et lui réaffirme son amour ; selon les versions, Odette meurt dans ses bras et le prince la rejoint dans la mort, dans l'autre, le prince parvient à tuer le sorcier, brisant ainsi le sortilège, et épouse Odette.


Une très belle histoire pour un ballet qui se veut exceptionnel. Mais l'univers de la danse, s'il fait parfois rêver, est aussi un univers souvent impitoyable. Si la danse est tout l'univers de Nina, elle n'en sortira pas indemne. C'est une nature fragile, timide, qui vit chez une mère surprotectrice qui vit à travers sa fille qui réussit là où la mère a échoué, et qui est poussée à bout par Thomas, son chorégraphe qui la pousse à être une Odile parfaite : si elle peut incarner sans grande difficulté le cygne blanc, la douce et fragile Odette, sa nature timide l'empêche d'incarner Odile, la femme fatale, la séductrice. Et sa volonté de vouloir incarner les deux, sa soif de perfection lui causeront bien des torts [ automutilation, lente descente aux enfers, pour enfin s'abandonner dans les tréfonds de la folie : souvent victime de visions, d'hallucinations qui causeront sa perte puisqu'elle en meurt à la fin ]. En même temps, ces torts sont aussi des références, je pense, au spectacle du lac des cygnes. Nina étant le cygne blanc et Lily, sa rivale, le cygne noir. Nina est douce, fragile et Lily est une séductrice, et Nina, pour conserver son rôle, tentera de faire ressorti son côté le plus sombre pour incarner le cygne noir. Elle devra lâcher prise dans sa danse, changer son comportement... dans un sens, Nina est aussi sa propre ennemie puisqu'elle parviendra à jouer le cygne noir, mais cela ne sera pas sans conséquences. Elle va passer entre des phases effrayantes : entre la folie et le génie, sur la scène comme dans la vie. Elle s'oubliera complètement pour devenir une grande danseuse. A vouloir être une grande danseuse, Nina a été plongée dans ce monde froid, dur et impitoyable entre tensions, attentes, travail intense et rivalités.


L'intrigue était bien ficelée, je me suis souvent demandée si certaines scènes étaient réelles ou si c'étaient des hallucinations. C'était angoissant, prenant, avec de la tension et du suspense ! Nous avons aussi de bons acteurs, j'aime beaucoup Natalie Portman en tant qu'actrice mais ici, elle a été à couper le souffle, même si je sais qu'elle n'a pas tournée toutes les scènes de danse (chapeau, pour ses doublures ! tant au niveau de la ressemblance avec l'actrice qu'avec les scènes de danse !), Vincent Cassel a été très bien aussi, il a bien joué son personnage. La musique joue un rôle très important, la soundtrack et la musique reprise du ballet russe dont je retiendrais surtout la musique du final et A Black Swan (for Nina), c'est toute la force du film ! J'ai beaucoup aimé aussi les nombreuses références au Lac des Cygnes dans la vie personnelle de Nina, et au cygne en général [ Nina qui se transforme pratiquement en cygne, dans ses hallucinations ; Nina séduite par le cygne noir, Lily ] Bref, sans être un coup de coeur, j'ai passé un excellent moment avec ce film bien sombre, prenant, intense, particulier. Tout simplement magnifique et bien interprété !





 Nina (Natalie Portman) dans son interprétation d'Odile, le cygne noir.



Extrait/Citation :


"Perfection isn't just about control ; it's also about letting go."
- Thomas Leroy (Vincent Cassel) à Nina Sayers (Natalie Portman).